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8 juin 2026

Où vont les consultants des grands cabinets quand ils partent ?

Où vont les consultants des grands cabinets quand ils partent ?
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Les données "LinkedIn Talent Insights" de juin 2026 livrent un signal clair : les anciens consultants des grands cabinets de conseil ne suivent plus les trajectoires attendues. Sur les 24 derniers mois, les mouvements observés dessinent une carte des ambitions - et des ruptures - d'une génération de professionnels formés à l'exigence analytique mais attirés par des défis d'une autre nature.

Cette analyse porte sur un échantillon significatif de mobilités sortantes, retenu uniquement lorsqu'un minimum de trois personnes issues d'un même cabinet avaient rejoint une même organisation - garantissant ainsi la robustesse des tendances observées.

La Tech recrute des profils opérationnels, pas des consultants internes

Le mouvement le plus marquant de la période est sans ambiguïté : Mistral AI est devenu l'une des destinations les plus prisées par les anciens consultants, toutes origines confondues. On y trouve des profils venus à la fois de cabinets généralistes et de leurs entités data - avec des titres de postes comme AI Deployment Strategist, Solution Architect ou Operations Manager.

Ce phénomène mérite une lecture précise. Ces recrutements ne portent pas sur des postes de conseil interne : il s'agit de rôles opérationnels, au cœur du déploiement produit et de la relation client. Les cabinets ont formé ces profils à structurer des problèmes complexes, à convaincre des comités de direction, à piloter des transformations, compétences rares dans les scale-ups technologiques, et manifestement très demandées.

La séniorité des recrutés est révélatrice : ce sont majoritairement des profils de séniorités intermédiaires (2 à 5 ans d'expérience cabinet), ayant atteint le niveau de Manager au maximum ou Consultant Senior plus souvent. Ils partent après un premier cycle significatif dans le conseil, et choisissent de construire une expertise sectorielle profonde.

L'internalisation des compétences conseil : les entreprises reconstituent en interne les compétences analytiques et projets

La deuxième tendance de fond est l'internalisation des compétences conseil (au sein de directions conseil internes dédiées ou non). Des entreprises comme Sanofi, L'Oréal, Verisure, Amundi, Kering, Crédit Agricole, ... ont recruté des équipes entières issues des cabinets, sur des fonctions de stratégie, transformation et excellence opérationnelle.

Ce n'est pas nouveau. Ce qui l'est, c'est la nature des postes occupés.

Pendant longtemps, les anciens consultants rejoignaient les grandes entreprises pour devenir Chief of Staff, Strategy Director ou Head of Transformation - des rôles d'influence, proches du comité de direction, mais sans ligne managériale ni P&L. Ce modèle persiste, mais il coexiste désormais avec des recrutements plus opérationnels : Head of Continuous Improvement, R&D Strategy Director, Director Acquisition Finance & Advisory. Les entreprises recherchent des profils capables de combiner vision stratégique et exécution opérationnelle

La règle implicite de séniorité qui se dégage de l'échantillon est la suivante :

  • Les profils juniors à intermédiaires (Consultant Senior, Manager) rejoignent des fonctions opérationnelles ou de transformation avec une forte composante d'exécution.

  • Les profils seniors (Principal, Partner) accèdent à des postes de Direction ou de VP, souvent avec un mandat de refonte stratégique d'une division.

Le gaming et les médias : un débouché émergent, structuré autour du product management

Un mouvement moins attendu mérite d'être signalé : le secteur du jeu vidéo et des médias numériques attire désormais un flux régulier d'anciens consultants. Voodoo, l'éditeur français de mobile gaming, en est l'illustration la plus nette sur la période : plusieurs anciens consultants y ont rejoint des postes de Product Lead, Publishing Manager ou Growth Strategist - des rôles qui combinent analyse de données, compréhension des dynamiques de marché et capacité à piloter des roadmaps produit.

La logique de recrutement est ici différente : ces entreprises cherchent à structurer leur croissance, à professionnaliser leur pilotage stratégique, et trouvent dans les anciens consultants des profils capables de combiner vision stratégique et exécution opérationnelle.

La Finance reste une destination solide pour les profils spécialisés

Sans surprise, la finance attire toujours les anciens consultants ayant développé une expertise sectorielle spécifique. Les mouvements observés vers des acteurs comme Crédit Agricole CIB ou Amundi concernent quasi exclusivement des profils ayant travaillé en cabinet sur des sujets liés au secteur financier - traduisant un véritable coût d'entrée lié au secteur.

Le message ici est simple : dans le secteur financier, la spécialisation prime. Un consultant généraliste qui rejoint une banque d'investissement ou un asset manager sans background sectoriel cohérent préalable est rare. La valeur recrutée est double : une formation cabinet d'un côté, une expertise sectorielle avérée de l'autre. Les deux sont indissociables.

Le cas Talan : quand un cabinet se construit en recrutant chez un concurrent

Un cas mérite une mention particulière, car il illustre une dynamique différente : Talan, groupe de conseil et d'intégration technologique, a procédé en 2024-2026 à un recrutement structuré et massif d'anciens de McKinsey, constituant ainsi une équipe Strategy de toutes pièces.

Ce mouvement part du sommet : c'est le recrutement d'un Group CEO issu de McKinsey qui a impulsé la dynamique, entraînant dans son sillage plusieurs profils ex-McKinsey à différents niveaux - EVP Consulting, Chief of Staff, ... Moins une succession de décisions individuelles qu'une stratégie délibérée de constitution de capital humain. C'est un signal fort pour l'industrie : un acteur du conseil en forte croissance peut accélérer sa montée en gamme stratégique en constituant délibérément une équipe issue des cabinets Tier 1.

Ce que les données révèlent sur l'attractivité des cabinets de conseil

Ces flux sortants ne sont pas neutres. Ils témoignent d'une recomposition du marché des talents à haute valeur ajoutée.

La formation en cabinet est reconnue comme un signal fort sur le marché. Rigueur analytique, capacité à structurer des problèmes complexes, culture de la performance : les grandes organisations sont prêtes à offrir des conditions attractives pour capter ces profils à un moment clé de leur trajectoire - et à internaliser des compétences qu'elles externalisaient parfois.

L'IA crée une bifurcation inédite. Des profils data et analytics formés en cabinet ont désormais une alternative crédible et enthousiasmante - au sein de l'écosystème tech. Mistral AI n'est qu'un exemple ; la dynamique est plus large.

Analyse réalisée à partir des données LinkedIn Talent Insights, juin 2026. Périmètre : mobilités sortantes des 24 derniers mois, retenues uniquement lorsqu'un minimum de trois profils d'un même cabinet avaient rejoint une même organisation sur des fonctions stratégiques. Les cabinets d'origine ne sont volontairement pas mentionnés : l'objet de cette analyse est la nature des destinations et des rôles, non la performance comparative des cabinets.