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3 juin 2026

Non, l'IA ne tue pas le conseil en stratégie : ce que disent vraiment les chiffres

Non, l'IA ne tue pas le conseil en stratégie : ce que disent vraiment les chiffres
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Depuis l'explosion des modèles de langage (LLM), un discours s'est imposé sur les réseaux sociaux : le conseil en stratégie serait condamné. L'argument est toujours le même : un bon LLM produirait en un prompt ce qu'un cabinet facture des centaines de milliers d'euros. Benchmarks sectoriels, analyses de marché, slides peaufinées : tout serait désormais automatisable.

Ce récit a un mérite : il est contre-intuitif, flatteur pour l'audience, et parfait pour générer de l'engagement. Il a un défaut majeur : il ne résiste pas à l'examen des données.

Nous avons passé au crible les effectifs France de plusieurs cabinets via LinkedIn Talent Insights sur la période juin 2025 – mai 2026. Le tableau qui en ressort n'a rien d'un secteur moribond.

Note méthodologique : les effectifs LinkedIn sont basées sur du déclaratif et ne reflètent pas parfaitement la réalité. Ils constituent néanmoins un indicateur de tendance robuste.


Ce que disent vraiment les chiffres sur les recrutements dans le conseil en stratégie en 2025 - 2026

Voici l'évolution des effectifs France sur un an, telle qu'observée :

évolutions-effectifs-conseil-2025-2026-Lastep

Source : LinkedIn (analyse Lastep, juin 2026)

Le constat est net : des grands cabinets de conseil croissent. Oliver Wyman affiche +10 %, BCG +8 %, Bain +6 %. Intéressant, le cabinet L.E.K., pourtant particulièrement exposé à la due diligence pour le Private Equity - le type de mission qu'on dit « automatisable » - reste en croissance.

Si l'IA détruisait le conseil, on observerait l'inverse : effectifs en chute, recrutements gelés, attrition naturelle non remplacée. C'est précisément le levier d'ajustement le plus simple pour un cabinet en difficulté. Or, la tendance est plutôt inverse sur les 12 derniers mois.

Recrutements en hausse : ce que les offres d'emploi révèlent vraiment

Les effectifs sont le reflet d'une situation à un instant t et des efforts de recrutement passés - souvent étalés dans le temps en ce qui concerne le conseil en stratégie. Les offres d'emploi, elles, sont un indicateur de perspectives futures : on n'ouvre pas de postes si l'on anticipe un effondrement de la demande.

Début juin 2026, McKinsey affiche à lui seul 24 offres actives sur LinkedIn en France - marques satellites comprises (QuantumBlack pour la data/IA, Orphoz pour la transformation opérationnelle). Les cabinets recrutent par ailleurs beaucoup en dehors de LinkedIn, via cooptation et campus.

L'IA comme levier, pas comme menace : comment les cabinets retournent la situation

C'est le point que les influenceurs LinkedIn ratent systématiquement. Les grands cabinets ne se défendent pas contre l'IA. Ils l'intègrent à leur offre et en font une ligne de revenus.

Beaucoup d'acteurs majeurs du secteur ont d'ailleurs accéléré ces dernières années des entités ou des practices dédiées à l'IA et à la data, bel et bien positionnées comme des moteurs de croissance. L'IA génère de la demande nouvelle chez leurs clients et donc du chiffre d'affaires nouveau.

L'IA peut-elle vraiment remplacer un consultant en stratégie ?

Non, et c'est documenté. Une étude relayée par la Harvard Business Review estime que les LLM restent incapables de produire un conseil en stratégie pertinent, personnalisé et réellement différenciant selon Consultor

La raison est structurelle. Un LLM produit la moyenne de ce qui existe en ligne. Or, l'objet même de la stratégie est de produire une performance exceptionnelle dans une direction donnée, pas une moyenne d'éléments connus. Comme le résume un expert cité par Consultor, le conseil d'un LLM est presque assuré de ne pas être celui que vous voudrez donner à votre client.

Un rapport de conseil haut de gamme, ce n'est pas uniquement un document bien structuré. C'est :

  • des données propriétaires (interviews dirigeants, données internes, benchmarks exclusifs qui n'existent pas en ligne au moment de l'analyse) ;

  • un diagnostic ancré dans la réalité singulière d'une entreprise, ses angles morts, ses jeux politiques ;

  • un jugement sur ce qui est réellement faisable dans ce contexte humain précis ;

  • mais aussi une responsabilité et une légitimité un fonds de Private Equity paie une due diligence très cher parce qu'il a besoin d'une signature engageante sur un deal à 500 M€.

Le paradoxe du « prompt magique » achève la démonstration : pour "prompter" correctement un diagnostic stratégique pertinent, il faut déjà avoir l'expérience d'un consultant senior. Les chiffres le confirment de façon saisissante : Mercor, la startup américaine valorisée à 10 milliards de dollars qui entraîne des agents IA sur des tâches professionnelles réelles, a publié début 2026 un benchmark rigoureux construit avec des consultants des plus grands cabinets. Résultat : les meilleurs agents IA du marché échouent sur plus de 75 % des tâches de conseil au premier essai. Même après huit tentatives, le taux de réussite ne dépasse pas 40 %.

Le conseil en stratégie pourrait se consolider, et non pas s'effondrer.

Si l'IA ne tue pas le conseil, une recomposition classique du marché du conseil reste une hypothèse tout à fait plausible.

Le schéma est limpide : les grands gagnent, les moyens sont sous pression, et les petits souffrent (surtout s'ils sont généralistes).

Trois mécanismes alimentent cette consolidation par le haut. D'abord, l'effet IA paradoxal : les grands ont davantage de moyens pour investir massivement dans les outils et les practices dédiées, ce qui creuse l'écart de productivité avec le reste du marché. Ensuite, la prime à la légitimité : en période de pression budgétaire, les clients se réfugient vers les acteurs les plus solides et les plus connus. Enfin, l'effet talents : les meilleurs consultants rejoignent naturellement les structures en croissance, ce qui renforce encore l'avantage des leaders.

Un signal complémentaire confirme cette lecture : les taux d'attrition observés sur le segment haut de gamme sont plutôt bas - entre 10 % et 20 % selon les cabinets (Source LinkedIn : analyse Lastep, Juin 2026). Le modèle up-or-out n'est donc pas particulièrement sollicité : le marché externe attire moins, et les cabinets retiennent leurs talents pour servir les carnets de commandes. Pas le signal d'un secteur en pleine crise.


Conseil en stratégie et IA : ce qui nous attend dans les prochaines années

Trois mouvements de fond pourraient se dessiner.

1. La consolidation pourrait s'accentuer. L'écart entre les grands cabinets équipés en IA et le milieu de marché pourrait se creuser. Les boutiques qui tiendront le mieux seront dans ce cas celles dotées d'une niche réellement défendable.

2. Le modèle économique se restructure de l'intérieur. Moins de juniors sur les tâches automatisables, plus de seniors sur l'interprétation et la relation, des pyramides potentiellement moins larges à la base. Paradoxalement, cela pointe vers plus de revenus par consultant, pas moins. C'est d'ailleurs le vrai enjeu que pointent les cabinets : si la valeur était censée résider dans l'intensité analytique et l'art de la présentation, la technologie réduira les marges et érodera la différenciation. La valeur migre vers le jugement.

3. Le vrai risque réel. Ce n'est pas l'IA qui remplace les cabinets, c'est l'IA qui permet aux clients de monter en compétence interne. Une direction stratégie bien outillée peut internaliser des missions qui partaient autrefois en externe. Une désintermédiation lente mais possible, surtout sur les plus grands comptes.

C'est précisément dans ce contexte de recomposition que le recrutement de profils vraiment différenciants devient un enjeu stratégique pour les cabinets. Identifier, attirer et retenir les consultants capables de créer de la valeur là où l'IA ne peut pas (encore ?) aller. C'est le cœur de ce que nous faisons chez Lastep.